Le verger de la Molignée — Quelques cultures, bien choisies
Un arrêt imprévu au bord de la route, une idée rapportée du Canada, quelques cultures bien choisies, des poules qui fertilisent la serre l'hiver, et des distributeurs accessibles H24.
Par Jon & Aline
En route pour aller chercher des produits bio directement à la ferme, on est passés devant un distributeur au bord de la route qui affichait « fruits, légumes, asperges ». On s’est arrêtés par curiosité. On a aperçu Grégoire dans ses cultures, et il nous a gentiment accordé quelques minutes pour nous parler de son projet. On en ressort avec pas mal de choses à creuser.
Une idée rapportée du Canada
Grégoire et Géraldine se sont installés sur des terres agricoles familiales, à Anhée, en province de Namur, dans la vallée de la Molignée. Leur déclic est venu d’un voyage : trois mois au Canada en 2020, où ils ont découvert le principe du distributeur en libre accès, ouvert H24 en bord de route. Ils sont rentrés avec cette mécanique en tête et l’ont adaptée à leur lieu.
Côté cultures, ils ont commencé avec les œufs et ont élargi petit à petit, sans chercher à tout faire. Leur choix : se concentrer sur quelques cultures qui marchent. Asperges, fraises, myrtilles et autres fruits rouges, tomates, melons, pommes, prunes, figues, et même de la sève de bouleau. Pas de gamme complète comme un maraîcher classique qui fournirait des paniers variés. L’idée, c’est de produire ce qui se vend bien et d’éviter l’éparpillement.
On a particulièrement aimé une trouvaille concrète : l’hiver, ils installent les poules dans la serre. Elles mangent les restes, grattent la terre et fertilisent le sol avec leurs fientes. Au printemps, elles ressortent dans leur poulailler mobile pour retrouver l’herbe fraîche, la serre est propre et nourrie, et les melons prennent leur place pour l’été. Deux usages du même espace, deux saisons, un cycle qui s’auto-alimente.
Les distributeurs au bord de la route
Leur autre choix fort, c’est la vente via distributeurs, implantés en bord de route à un endroit de fort passage. Les machines sont accessibles H24, sans présence permanente. Grégoire nous a dit que son travail en pleine saison consiste surtout à les remplir en continu.
Ce qui nous a surpris, c’est qu’ils ne vendent pas que leurs produits. Ils revendent aussi ceux d’autres producteurs locaux, notamment des glaces d’un artisan voisin, en complément des glaces qu’ils font eux-mêmes avec leurs fruits. De quoi étoffer l’offre sans avoir à tout produire, et fidéliser les gens qui s’arrêtent.
Pour attirer encore plus de monde, ils ont aménagé une plaine de jeux juste à côté. Le raisonnement est simple : si les familles s’arrêtent pour les jeux et les glaces, elles repartent aussi avec des fraises et des asperges. Ils font travailler des saisonniers pour tenir la cadence. Grégoire nous a présenté son activité comme viable, ce qui n’est pas rien en maraîchage.
Pour suivre leur saison, ils ont une page Facebook.
Ce qu’on retient
On est repartis avec quelques produits, et surtout l’envie de noter précisément tout ce qu’il nous avait glissé en quelques minutes. Un projet bien calibré avant de s’éparpiller, avec beaucoup à apprendre dans sa manière de faire.
Se concentrer sur ce qui marche. Pas tout produire. Choisir deux ou trois cultures rentables et les faire bien.
Faire bosser le lieu. Les poules l’hiver dans la serre, les melons l’été. Le même espace qui travaille en continu et se fertilise tout seul.
Créer son propre trafic. Distributeur en bord de route, plaine de jeux, glaces pour les enfants. Ne pas subir la distance des clients, aller les chercher en les attirant.
Revendre pour étoffer. Les produits des voisins dans les distributeurs, on élargit l’offre sans s’éparpiller dans la production.
Ramener une idée d’ailleurs. Un modèle vu au Canada, adapté à la Molignée. Les bonnes idées voyagent, encore faut-il prendre le temps d’aller voir ce qui marche ailleurs.
C’est l’une des premières activités agricoles qu’on croise, pensée aussi pragmatiquement. On continue notre route !
Article suivant
Trois jours passés chez un couple qui construit une ferme autonome, sans tracteur, au milieu d'un réseau coopératif. Canards, vergers, terre-paille, et une conviction simple : l'agriculture paysanne n'est pas une affaire solitaire.